Vendredi 22 janvier 2010
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C'est quoi un communautariste ?
Le climat actuel de consensus autour de la république française rend difficile le travail de reconnaissance de communautés qui s’estiment victimes d’une
discrimination au sein même de la communauté majoritaire, c’est à dire : française-francophone-blanche-chrétienne-hétérosexuelle. Ce consensus dépasse le clivage politique habituel, qu’il
soit de gauche ou de droite. Ces dernières années ont vu l’apparition de pléthore de nouveaux mouvements ou de courants faisant fi de ce clivage pour se retrouver autour d’une idée commune :
la défense de la république.
Cette dynamique souverainiste ne se limite pas à une défense passive et organise de nombreuses
attaques tout azimut : voile religieux, laïcité, langue française, communauté immigrée, langues minoritaires, minorités sexuelles…
Ces nombreuses attaques ont permis à ces mouvements républicanistes une survisibilité et surtout une maîtrise du sens d’un certain vocabulaire. « Repli
culturel », « intégrisme linguistique », et enfin « communautarisme » sont devenus en quelques années le centre des préoccupations politiques de ce pays. Ces
communautarismes semblent nombreux selon eux. Ils mettent en péril les fondements même de la république que sont la laïcité et l’universalité.
Comprenez : quelques écolières musulmanes et leur voile, les féministes et leur désir de féminisation de la langue française, les homosexuels face au mariage et
à l’adoption, les bretons, basques et occitans et leurs langues…
Mais l’argument d’ « universalité » français censé annihiler toute réclamation
compensatoire ou historique est justement le phénomène le moins universel qui soit. Rares sont les pays à avoir une telle prétention d’universalité, plus rare encore sont les pays en attente d’un
quelconque modèle français.
Le mot communautarisme dans la bouche des républicanistes englobe toute velléité d’émancipation,
ou de réparation, d’égalité de la part ou envers certaines « communautés ».
Or, aucune minorité ne demande de règles ou de lois différentes voire spécifiques pour sa « communauté » ce qui serait le cas pour des communautaristes.
Les réclamations se limitent à demander l’égalité de droits qui leur sont refusés au nom d’une mythique république.
Ce qui oppose donc ces prétendus communautaristes, et ces défenseur d’une certaine universalité repose sur l’interprétation du terme « égalité ».
Quelle république ?
Force est de constater que l’égalité en France consiste à se dépouiller de ce qui constitue une certaine identité (considérée pour lors comme, passéiste, régressive,
anti-universelle…) pour la fondre dans une identité globale, celle de la république, considérée par les tenants de cette identité comme neutre donc applicable à toutes et à tous.
Cette neutralité s’appuie sur une personnalisation mythifiée de l’Etat français et de ses institutions. Ainsi le mot « France » est souvent remplacé par le
terme « République ». Ce faisant, ça n’est plus la France que l’on attaque, mais la République, et donc un modèle donné pour généreux. Aller contre la république en réclamant un droit
pouvant pourtant couler de source ailleurs est considéré comme une attaque frontale à toutes les valeurs sensée émmaner de cette république. Le français par exemple devient « Langue de la
république », donc une langue qui ne serait plus liée à une ethnie, mais à un certain système politique. Le français peut alors prétende à une sorte d’universalité, que contrarie l’existence
même de nos langues minorisées. Ces langues perçues alors comme anti-universelles sont reléguées au folklore, au terroir, à un certain provincialisme rétrograde. Une interprétation différente de
la notion d’égalité verrait pourtant nos langues(1) accéder à une image tout aussi positive que celle de la langue officielle.
La France pour accéder à l’universel doit construire ses mythes et les transmettre. Cette pseudo universalité n’est qu’une histoire de force. N’importe quel modèle
assez puissant peut prétendre à l’ « universalité ». Ainsi en matière culinaire quoi de plus universel que le « Big Mac » ?
Une crispation identitaire française
Les homosexuels en revendiquant le droit de se marier ne réclament pas de droits que n’aurait pas un couple hétérosexuel en se mariant. De même que les parents
d’élèves des écoles Diwan ne demandent pas une éducation exclusive en breton, mais revendiquent le droit de pratiquer de manière paritaire les deux langues, voire trois.
Mais le mythe républicain ne supporte aucune incartade à ses normes, des normes à ne surtout pas
contrarier sous peine de faire grincer la machine. Une machine à fabriquer du clone gaulois qui cache de plus en plus mal sa xénophobie, son homophobie et sa misogynie. L’instrumentalisation du
féminisme au nom de la lutte contre le voile ne parvient pas à masquer les inégalités flagrantes dont sont victimes les femmes. Le refus de reconnaître le moindre statut à nos langues nous
renvoie au fanatisme exacerbé des défenseurs du français et de la francophonie. Le communautarisme supposé des familles issues de l’immigration occulte quant à lui un problème de xénophobie
envers une population à qui l’on exhorte de s’intégrer tout en lui refusant les bénéfices de cette intégration.
Plus qu’une disqualification, il est donc nécessaire pour les mystiques de la république de déformer la réalité, et de propager l’idée d’une guerre civile entre
tribus, d’un pays livré à des barbares en quête de pouvoirs féodaux face à une France généreuse, lumière du monde, riche d’une sagesse que ces rustres communautaristes ne savent pas
apprécier. Face à toutes ces attaques, la république impose ses valeurs. Le gouvernement se dote pour cela d’un arsenal répressif et identitaire toujours plus important : interdiction
du voile, renforcement des lois sur le français langue de la république, lois sur l’enseignement obligatoire de la marseillaise à l’école, loi sur les symboles de la république (drapeaux et
histoire), loi sur le rôle positif de la colonisation… Ces symboles sont les outils d’un nationalisme exacerbé et d’un véritable repli culturel. La neutralité et l’universalité se
cacheraient-elles donc derrière les plis du drapeau français, ou entre les strophes de la marseillaise ?
Loin de faire appliquer un modèle généreux, la France déjà fortement inégalitaire renforce au contraire ses inégalités. En effet, quoi de moins universel que la
précarisation sans cesse grandissante des couches les plus pauvres de la population ? Quoi de moins universel que cette république faite sur mesure pour nos maîtres et sa
communauté ?
S’il y a un exemple de communautarisme, c’est bien celui de l’élite bourgeoise et républicaine.
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